LG1. Édouard Richer, La Forêt du Gâvre, 1824 (étude)

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L'auteur
Édouard Richer, né en 1792 à Noirmoutier, mort en 1834 à Nantes.
Page Wikipédia (référence précise : version du 22 juillet 2025), pas suffisamment approfondie.
Occupant un emploi de naturaliste à Nantes, il parcourt le département de la Loire-Inférieure, publiant les comptes-rendus de ces voyages.
Liste de ses œuvres à la BNF.

L'ouvrage
La Forêt du Gâvre, ouvrage publié en 1824 à Nantes (imprimerie Mellinet-Malassis), ne doit pas être confondu avec Excursion à la forêt du Gâvre par les communes d'Orvault, Vigneux et Blain, que l'on trouve dans un recueil ultérieur (Œuvres littéraires, Nantes, Mellinet, 1838, pages 131-297). Le livre de 1824 ne compte que 54 pages et parle principalement de la forêt, secondairement du Gâvre.

Texte
Cet ouvrage est disponible en ligne sur Gallica (lien).

ANALYSE

Pages 3-4 : « le grand chemin de Redon [...] ne fait que longer le fossé extérieur de la forêt ; mais il passe proche de la Massaie, maison de campagne auprès de laquelle se trouve un monument que l'on peut être curieux de visiter. […][Ce monument] est une enceinte circulaire de quelques centaines de pas, entourée d'un fossé profond. Ou a cru y voir un camp romain ; mais l'espace n'en semble pas assez considérable pour qu'il ait servi à cet usage. Il est probable que c'est un de ces monuments inconnus, qui servaient à la religion druidique. On sait combien d'enceintes circulaires, dont l'origine est évidemment celtique, ont été trouvées dans toute l'Europe. Les antiquaires ont donné le nom de cromlech à ces bassins arrondis, quand ils étaient formés de pierres. »
Richer évoque un lieudit La Massaie, qu'il situe apparemment dans le secteur, près de la route reliant Ancenis à Redon par Nort-sur-Erdre et Blain (actuelle D 164), qui longe la forêt du Gâvre au sud (notamment à Curun). Selon lui, il y aurait là un cercle de pierre (qu'il nomme expressément cromlech). Aucune confirmation en première instance, ni de ce lieudit, ni d'un cercle de pierres.

Page 4 : aparté sur les cercles de pierre britanniques de l'île Mainland (archipel des Orcades), qu'il nomme Stenni, et de l'île de Bute (à l'ouest de Glasgow), qui sont bien attestés, monuments évoqués par le naturaliste Thomas Pennant (1726-1798), mentionné par Richer.

Page 7 : le château du Gâvre
« A l'entrée du bourg, on passe devant l'antique château du Gâvre. Ce château, dont l'histoire de nos pays nous laisse ignorer l'origine, parait avoir été d'abord une ancienne forteresse bâtie sur le bord de la voie romaine [...description du château...] Tous ces caractères d'architecture indiquaient une des anciennes forteresses bâties par les Romains . »
On a ici la seule mention relative à une voie romaine passant au Gâvre. Pour justifier l'attribution de la construction d'un château aux Romains, il se fonde sur des caractéristiques architecturales, sans envisager du tout le contexte (pourquoi une forteresse romaine à cet endroit, alors qu'on a peu de vestiges romains importants dans la région ?). Un peu plus bas, il indique que « lors de la conquête de l'Armorique par les Bretons insulaires, ce château appartint aux anciens souverains qui se le transmirent de règne en règne. ».

Page 8 : Olivier de Clisson et le château du Gâvre
« Après la bataille d'Auray, qui termina la longue querelle de Jean de Monfort et de Charles de Blois, Olivier de Clisson, attaché au parti de Monfort, demanda à ce prince la terre du Gâvre, en récompense de ses services. Monfort, ou plutôt Jean IV, car c'était le nom que le prince avait pris depuis sa victoire, répondit qu'il avait déjà disposé de cette terre en faveur de Jean Chandos, célèbre capitaine Anglais, à qui il était redevable du succès de ses armes. Clisson, blessé d'un refus que la préférence accordée à un rival, et surtout à un Anglais, rendait presque un outrage, s'écria avec fureur : Je me donne au diable, si un Anglais devient mon voisin. Il partit en disant ces mots, et, suivi de quelques gens de guerre, alla mettre le feu à une portion du château du Gâvre. Ce fut avec les matériaux qu'il en retira qu'il fit construire, à son château de Blain, la tour du Connétable. »
Cet épisode se situe dans les années 1360, à la fin de la guerre de succession de Bretagne (1360-1364) à la bataille d'Auray.

Page 11 : intervention du vicomte de Rohan en 1488-1489
Après la mort de François II, le vicomte de Rohan profita des troubles qui accompagnèrent la minorité de la duchesse Anne, pour s'emparer du château du Gâvre ; mais, à la fin de la guerre, il fut obligé de s'en dessaisir, d'après l'ordre que Charles VIII chargea le prince d'Orange de lui porter. »
Richer évoque ici deux personnalités importantes de la fin du règne de François II (mort en 1488) et du début du règne d'Anne de Bretagne, le vicomte de Rohan et le prince d'Orange.
Le vicomte de Rohan est alors (en 1488-1491) Jean II de Rohan (1452-1516), époux de Marie de Bretagne (1446-1511), fille du duc François I° (1414-1450), rallié à Charles VIII durant la guerre franco-bretonne, prétendant (au nom de son épouse) au trône ducal et essayant de faire épouser la duchesse Anne par un de ses fils. Ses possessions vont de Pontivy (près de laquelle se trouve Rohan) à Josselin (vicomté de Porhoët) et à Blain (lieu de son décès). Il est donc possible qu'il se soit emparé du Gâvre (possession ducale) à l'occasion de la défaite de François II à Saint-Aubin-du-Cormier (juillet 1488).
Le prince d'Orange est Jean IV de Chalon-Arlay (1443-1502), neveu par sa mère Catherine (1428-1476) du duc François II (1435-1488). Allié de Maximilien d'Autriche (alors régent de Bourgogne et des Pays-Bas bourguignons), la famille de Chalon étant bourguignonne, il fait partie du cercle des dirigeants du duché de Bretagne sous le règne de François II.
L'ordre de dessaisissement doit être postérieur au mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne (décembre 1491), le roi de France n'ayant pas de raison d'intervenir dans une affaire aussi ponctuelle avant d'être devenu l'époux de la duchesse de Bretagne, lésée par Jean de Rohan.

Pages 12 et 13 : problème de la date de la destruction du château
Richer évoque ensuite la question de la destruction du château du Gâvre, dont il pense qu'elle ne date ni de l'attaque d'Olivier de Clisson en 1366 (selon Richar, cette attaque a touché des annexes qui existaient entre le château et le bourg du Gâvre), ni du règne de Louis XIII, contrairement à une opinion courante (mais il ne précise pas de qui). Selon lui, la majeure partie du châteeau existait encore vers 1775.

Page 13 : vente du château au XVIII° siècle
Le château du Gâvre fut vendu en 17... à M. Bernard de la Turmelière »
La famille Bernard de la Turmelière est une grande famille nantaise, présente notamment à la Chambre des comptes de Bretagne ; la Turmelière dont il s'agit se trouve à Château-Thébaud, au sud de Nantes (et non pas à Liré dans le Maine-et-Loire, comme le château de la famille du Bellay).


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