LG8. Duc Jean V, 1422, Lettre d'apanage pour Arthur de Bretagne

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Ce texte, tiré des Lettres de Jean V, tome VI, pages 91-92, n° 1532, est disponible sur Gallica :
*https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k736839/f97.item

Références d'édition
Titre donné par l'éditeur : « Lettre d'apanage pour Arthur de Bretagne, frère de Jean V »

Sources indiquées par l'éditeur :
« Vidimus du 15 mars 1438 (Archives Loire-Inférieure, E 1 ; ancien Trésor des Chartes G. A. 20)
Copie du XVII° sièce (Archives Côtes-du-Nord, E1, famille de Penthièvre)
Copies (Bibliothèque nationale, manuscrits français, 3907, folio 87 ; f. Brienne, volume 299, p. 43 ; f. Dupuy, volume 6, n° 16).
D'Argentré, Histoire de Bretagne, 1ère édition, p. 851-853, 2ème édition, p. 592-594
Dom Morice, Preuves, II, 1115-1118
Analyse (Inventaire Turnus Brutus, n° 506) »

TEXTE ORIGINAL

Ce document est composé d'éléments originels (en moyen français) et d'éléments récents, issus d'une analyse postérieure, en français moderne (ici en italique).

« En nostre chastel de l'Ermine de Vennes, » 1422, 7 août.
« Jehan... A tous... salut.
Savoir faisons combien que selon la coustume, ordonnance et establissement de nostre pais entre les nobles, les filz puisnez ne doigent prendre ne avoir en la succession de leurs pères ne mères, nulz ne aucuns heritages à en joir heritanment, fors seulement à y avoir provision par maniere de bienfait ceulx juigneurs ou puisnez, leur vie durant tant seulement ; et, au regart de noz puisnez ne des autres ducs noz predecesseurs, ne doigent oud. duché partie ne porcion avoir ; » Jean V néanmoins, considérant la vaillance d'Arthur de Bretagne, son frère, pour l'aider à tenir son rang et demeurer quitte de tout ce qu'il pourrait réclamer de la succession paternelle, lui donne 3000 l. de rente assises en Bretagne, comprenant la châtellenie du Gâvre et les confiscations faites sur les Penthièvre dans les châtellenies de « Chastel Audren, Pempoul, Lanvolon, la Rochederien et Chasteaulin sur Treu. » Si ces biens sont d'un revenu inférieur à 3000 l., le surplus sera assis sur les terres et seigneuries de « St Père en Rays, Loyaux, St Lemine et ailleurs en nostre duchié. » Jean V s'engage en outre à asseoir à son frère 5000 l. de rente sur ses terres hors de Bretagne, soit au comté de Montfort, soit ailleurs. Pendant les 3 années qu'il se réserve pour asseoir ces 5000 l., le duc paiera à Arthur une pension de 2000l., et au bout des 3 ans, une rente de 5000 l., si l'assiette n'a pu être établie. « Et le lui avons promis et promectons fermement et loyaument en parolle de prince... Et en tesmoign de ce, et adfin que ce soit chose ferme et estable à durer à tousjours mais, nous avons fait mectre et apposer à ces presentes nostre seel en laz de soye et cire vert.
Ainsi signé, Par le duc, escript de sa main. - Par le duc, de son commandement, en son conseil, ouquel estoient : Richard Monseigneur de Bretaigne, conte d'Estampes, les evesques de St Brieuc et de Treguier, le sire de Chasteaubriend, le grant maistre d'ostel, l'arcediacre de Rennes, messires Pierres Eder, Robert d'Espinay et Jehan de Kermelec, chers, les seneschaulx de Rennes, de Guingamp et de Lannion, le procureur de Broerech et autres. - J. MAULEON. » »

Problèmes de traduction
fors : sauf
juigneurs ou puisnez : (Godefroy, jovenor) deux mots qui semblent avoir le même sens, mais c'est à voir
leur vie durant tant seulement : "pour la durée de leur vie au plus", c'est-à-dire que ce bienfait ne peut pas être transmis aux héritiers du bénéficiaire
à toujours mais : "pour toujours" ; "mais" est ici temporel (cf. désormais) et conserve le sens de "plus", sens originel, du latin magis. 
chers : chevaliers

TRADUCTION

« En notre château de l'Hermine de Vannes, le 7 août 1422.
Jean (duc de Bretagne, etc.) A tous (ceux qui les présentes verront), salut. Nous faisons savoir (que), bien que selon la coutume, ordonnance et établissement de notre pays entre les nobles, les fils puînés ne peuvent prendre ni avoir dans la succession de leurs pères et mères nul ni aucun héritage à en jouir HERITAMMENT, sauf seulement (en ce qui concerne) les juvénieurs ou puînés à (pouvoir) y avoir par une sorte de bienfait une provision seulement leur vie durant ; et, pour ce qui regarde nos puînés NE des autres ducs nos prédécesseurs, ils ne peuvent avoir ni part ni portion du dit duché ;  Jean V néanmoins, considérant la vaillance d'Arthur de Bretagne, son frère, pour l'aider à tenir son rang et demeurer quitte de tout ce qu'il pourrait réclamer de la succession paternelle, lui donne 3000 livres de rente assises en Bretagne, comprenant la châtellenie du Gâvre et les confiscations faites sur les Penthièvre dans les châtellenies de Châtelaudren, Paimpol, Lanvollon, La Roche-Derrien et Châteaulin sur Trieux. Si ces biens sont d'un revenu inférieur à 3000 livres, le surplus sera assis sur les terres et seigneuries de Saint-Père en Retz, Loyaux, Saint-Lumine et ailleurs dans notre duché. Jean V s'engage en outre à asseoir à son frère 5000 livres de rente sur ses terres hors de Bretagne, soit au comté de Montfort, soit ailleurs. Pendant les 3 années qu'il se réserve pour asseoir ces 5000 livres, le duc paiera à Arthur une pension de 2000 livres, et au bout des 3 ans, une rente de 5000 livres, si l'assiette n'a pu être établie. Et nous le lui avons promis et promettons fermement et loyalement en parole de prince... Et en témoignage de cela, et afin que ce soit chose ferme et establie pour durer pour toujours, nous avons fait mettre et apposer aux présentes notre sceau en lac de soie et cire vert.
Ainsi signé, Par le duc, écrit de sa main. - Par le duc, de son commandement, en son conseil, auquel étaient (présents) : Richard, Monseigneur de Bretagne, comte d'Etampes, les évêques de Saint-Brieuc et de Tréguier, le sire de Châteaubriand, le grand maître d'hôtel, l'archidiacre de Rennes, messires Pierre Eder, Robert d'Espinay et Jean de Kermelec, chevaliers, les sénéchaux de Rennes, de Guingamp et de Lannion, le procureur de Broerech et autres. - J. MAULEON. »

NOTES

Personnes citées (16)
Arthur de Bretagne : Arthur de Bretagne (13??-1458), fils de Jean IV, comte de Richemon, connétable de France en 1425, duc de Bretagne en 1457 ; fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, il est libéré en 1422
Richard, comte d'Etampes : Richard de Bretagne (1395-1438), fils de Jean IV, frère de Jean V et père de François II, reçoit le titre de comte d'Etampes en 1421 (mais le comté est accaparé par le duc de Bourgogne Philippe le Bon).  
l'évêque de Saint-Brieuc : il s'agit d'Alain de la Rue (WP) (?-1424), évêque de Léon de 1411 à 1419.
l'évêque de Tréguier : il s'agit de Jean de Bruc (WP) (?-1437), évêque de Tréguier élu le 13 juin 1422. 
le sire de Châteaubriand : peut-être Robert de Dinan (mort en 1429), fils de Charles de Dinan (vers 1335-1418) et oncle de Françoise de Dinan. (selon WP) Il hérite de la baronnie de Châteaubriant à la mort de Louise de Châteaubriant, dernière descendante en ligne aînée du fondateur (Briant Ier). Pas de page WP sur Robert, mais Charles de Dinan était un proche de Jean IV, puis de Jean V (ambassadeur ducal près du duc de Bourgogne en 1408). Peu probable qu'il s'agisse d'un membre d'une branche    
le grand maître d'hôtel : (InfoBretagne) sans doute Tristan de la Lande.
l'archidiacre de Rennes : il s'agit du vicaire épiscopal. L'évêque de Rennes est alors Anselme de Chantemerle (13??-1427), évêque depuis 1389, chancelier de Bretagne en 1404 (InfoBretagne).
Pierre Eder : (Geneanet) (?-1446)  Seigneur de La Haye-Eder, de Missillac (44), de Plouagat (22), de Créheren, de Plouvara (22) ; chancelier de Bretagne, chambellan du duc de Bretagne ; longue notice biographique jointe. (Divers) Reçoit Plouagat en 1422 à la suite des confiscations Penthièvre.
Robert d'Espinay : (WP Famille d'Espinay) il s'agit de Robert II d'Espinay (vers 1390-1450), marié avec Marguerite de la Courbe, père de Jacques d'Espinay (page WP) (1423-1482), évêque de Rennes de 1450 à 1482, et de Richard d'Espinay, époux de Béatrix de Montauban, fille de Guillaume de Montauban et de Bonne Visconti, sœur d'Arthur de Montauban et de Jean de Montauban (grande postérité, notamment André d'Espinay). (Geneanet Robert II d'Espinay. Filiation non conforme) Né en 1388 à Champeaux et mort le 26 avril 1450. Chevalier, seigneur d´Espinay et de la Rivière , sieur d'Escures, de la Marche et du Bois du Liers, vicomte de la Bellière, lieutenant de Rennes, grand écuyer du duché de Bretagne et grand maître de l'Hôtel du duc de Bretagne (1448), chambellan du duc de Bretagne, conseiller d'état sous les ducs Jean V et François Ier. (Marguerite de la Courbe) Née vers 1390 à La Courbe, Orne. (Geneanet, Richard d'Espinay) Filiation conforme. A VERIFIER.
Jean de Kermelec : identification difficile.
* (Geneanet) (?-vers 1473) Fils de Hervé. Seigneur de Kermellec et de Messelou. Il s'agit peut-être d'un neveu.
* (Page d'histoire) Fils de Gicquel II (mort en 1416). Seigneur de Châteaugal.
* (Man8Rove, Famille de Kermellec) Ne remonte pas au-delà de la seconde moitié du XV° siècle.
* (Geneanet, Jean I de Kermellec) Fils de Gicquel II. Mort en 1416. Seigneur de Mezle et de Chateaugal. Chevalier. Capitaine de Quimper. Capitaine de Brest. Capitaine de Quilbignon. Chambellan du duc de Bretagne.
le sénéchal de Rennes : (InfoBretagne) probablement Pierre de l'Hôpital 
le sénéchal de Guingamp :
le sénéchal de Lannion :
le procureur de Broerech : le fait de citer cette fonction à la suite de plusieurs sénéchaux est peut-être significatif
J. Mauléon : Jean Mauléon, cité dans le texte de 1419 comme « Jehan Mauleon tresorier de l’espargne de mondit seigneur » (Jean V).

Lieux cités (9)
1) dans les Côtes d'Armor (autour de Tréguier et Guingamp)
Châtelaudren (Chastel Audren) : ancienne commune des Côtes-d'Armor située entre Guingamp et Saint-Brieuc, à 8 km à l'est de Guingamp
Paimpol (Pempoul) : commune des Côtes-d'Armor, située à 10 km à l'est de Tréguier
Lanvollon (Lanvolon) : commune des Côtes-d'Armor, située à 10 au nord-est de Guingamp
La Roche-Derrien (la Rochederien) : commune des Côtes-d'Armor, située à 5 km au sud-ouest de Tréguier
Châteaulin sur Trieux (Chasteaulin sur Treu) : il s'agit d'un lieudit de l'actuelle commune de Plouec-du-Trieux (Côtes-d'Armor, à 10 km au sud-est de Tréguier), connu pour une carrière (fermée récemment) ; le Trieux est un fleuve côtier qui arrose Guingamp et se jette dans la Manche à l'ouest de Paimpol.

2) En Loire-Atlantique (au sud de la Loire, c'est-à-dire le pays de Retz)
Saint-Père-en-Retz (St Père en Rays) :
Loyaux (Loyaux) : cette seigneurie ducale avait pour centre le château de Loyaux (actuel lieudit Loyau, ancienne commune de Fresnay-en-Retz). (InfoBretagne) Loeaux en 1366. Erigée en vicomté par Anne de Bretagne.
Saint-Lumine (St Lemine) : il s'agit de Saint-Lumine-de-Coutais, village situé au sud-ouest du lac de Grandlieu (à l'ouest de Saint-Philbert-de-Grandlieu), où les ducs de Bretagne avaient des intérêts (pêcheries ?)

3) Montfort-L'Amaury (+ dynastie des Montfort)
comté de Montfort : il s'agit du fief éponyme de la dynastie qui règne sur la Bretagne de Jean IV à Anne de Bretagne (maison de Montfort),  actuelle commune de Montfort-l'Amaury, située à 45 km à l'ouest-sud-ouest de Paris et 10 km au nord de Rambouillet. La maison de Montfort est une branche cadette de la maison de Hainaut, par Amaury, fils de Guillaume de Hainaut. Mais Jean IV est en ligne masculine un descendant de Pierre de Dreux, duc-baillistre de 1213 à 1237 ; c'est sa mère, Yolande, qui appartient à la maison de Montfort, par sa mère, Béatrice, fille de Jean Ier de Montfort (page WP Jean IV de Bretagne), ainsi qu'à la maison de Dreux par son père Robert IV de Dreux.

4) Morbihan
Broerech : le Broerech (de Bro Erech, Pays d'Erech, nom (vannetais) d'un chef breton (Erech/Waroch)  qui aurait conquis le pays de Vannes au VI° siècle. Il s'agit sans doute de Waroch, fils de Macliau (page WP, informations sous réserves) correspond en gros au diocèse de Vannes et au comté de Vannes (haut Moyen Âge), puis (au Moyen Âge) à (?) plusieurs baillies (notamment Vannes et Ploërmel) qui forment (Temps modernes) (?) le présidial de Vannes. 

Termes juridiques
héritamment :
coutume, ordonnance et établissement :
item :

Aspect diplomatique du texte
(à venir)

ETUDE
Par cet acte de 1422, Jean V dote son frère Arthur d'une rente de 8 000 livres. Arthur vient d'être libéré en Angleterre où il a fait un un séjour de sept ans, depuis qu'il a été fait prisonnier lors de la bataille d'Azincourt. Cette rente est assise pour 3 000 livres sur des fiefs bretons appartenant à Jean V, notamment la châtellenie du Gâvre, et sur des fiefs confisqués aux Penthièvre, pour 5 000 livres sur des fiefs situés hors de Bretagne, notamment le comté de Montfort. La confiscation des terres des Penthièvre, maison qui a été l'adversaire des Montfort durant la guerre de succession de Bretagne, est la conséquence de la prise en otage du duc par Marguerite de Clisson en 1420 (affaire de Champtoceaux, château situé en Anjou, mais appartenant à Marguerite). La formule "rente assise sur" implique probablement que le bénéficiaire devient seigneur viager des domaines en question.




Page créée le 20 décembre 2025
Auteur : Jacques Richard
Mise à jour le 20 décembre 2025
Lien : https://jrichardlegavredocuments.blogspot.com/2025/12/lg8-duc-jean-v-1422-lettre-dapanage.html




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